Être une étudiante étrangère en France - Wendy
- rohannrangasamy
- 6 janv.
- 3 min de lecture
Bonjour,
Je m’appelle Wendy, j’ai 21 ans et cela fait exactement un an que j’ai quitté le Cameroun pour la France afin de poursuivre mes études.
Quitter l’Afrique pour l’Occident est souvent perçu comme une grande opportunité : développer ses compétences personnelles et professionnelles, accéder à de meilleures conditions de vie et à un système éducatif reconnu. Mais ce dont on parle beaucoup moins, c’est du vide immense que cela crée en laissant derrière soi sa famille, celle avec qui on a vécu toute sa vie.
Pour ma part, avoir laissé ma maman et mon frère a été l’une des plus grandes douleurs de ma vie, une douleur que je ressens encore aujourd’hui. Leur absence me limite, me détruit parfois, et je me sens souvent incomprise, voire abandonnée. Je me rends compte qu’il n’y avait qu’eux qui me connaissaient réellement. Et de cette absence naît une peur immense : celle de ne plus jamais avoir la chance de les revoir.
Aujourd’hui, je vis avec mon papa. J’étudie, je travaille, et je suis reconnaissante d’avoir des personnes autour de moi, notamment mon meilleur ami. Mais malheureusement, beaucoup d’étudiants étrangers n’ont pas cette chance. Ils se retrouvent seuls, livrés à eux-mêmes, sans amis, sans famille sur qui compter, après avoir laissé leurs proches en Afrique ou ailleurs.
À travers ce message, je souhaite sensibiliser à la solitude et à la pression sociale que vivent de nombreux étudiants étrangers. Trop de personnes mettent fin à leurs jours à cause de cette solitude et de la pression constante. En France, jongler entre le travail, les études et la vie personnelle est extrêmement difficile, et beaucoup n’y arrivent pas.
À cela s’ajoute une pression morale énorme : celle de la réussite. Souvent, les parents qui ont fait d’immenses sacrifices pour nous permettre de venir ici ne laissent pas de place à l’échec. Réussir n’est pas une option, c’est une obligation. On porte sur nos épaules les efforts, les espoirs et les sacrifices de toute une famille, et cette pression peut devenir étouffante.
Sur le plan familial, ce n’est pas simple non plus. Même en vivant avec de la famille, ce n’est pas la même chose. Ce n’est pas la famille avec laquelle on a grandi. Il y a des jours où tout va bien, où tout semble beau, et d’autres jours où tout devient sombre.
Et cela, sans même parler de l’intégration. Certes, les gens peuvent être gentils et accueillants, mais il y a toujours ce sentiment profond de ne pas être chez soi. Que ce soit dans le cadre social, à l’école, au travail ou entre amis, ce sentiment qui te rappelle constamment que tu es "étrangère", que tu n’es pas "née ici" . Et je pense que seules les personnes qui vivent cette situation peuvent réellement comprendre ce que cela signifie.
Malgré tout, je retiens aussi de très belles choses de mon expérience en France. Elle m’a permis de découvrir une nouvelle culture, une autre manière de vivre, de m’adapter à des situations inconnues. J’en serai toujours reconnaissante. J’ai fait de magnifiques rencontres, échangé avec des personnes inspirantes qui m’ont beaucoup appris, et j’ai pu sortir de ma zone de confort.
Contrairement à ce que beaucoup pensent, le Cameroun n’était pas un enfer. J’y avais ma petite vie, je vivais avec ma maman et mon frère, et j’étais heureuse. Pas tous les jours, bien sûr, comme partout ailleurs, mais j’étais heureuse. Les conditions de vie sont différentes de celles de la France, mais cela ne veut pas dire que la vie y est sans joie.
Aujourd’hui, je ne dirais pas que je suis malheureuse en France. J’aime ce pays et j’y vis une expérience globalement positive, surtout comparée à d’autres étudiants étrangers qui regrettent profondément leur venue ici, tant le quotidien est difficile.
Alors prenez soin de vous. Parlez-en autour de vous. Et merci de me donner l’opportunité de m’exprimer sur une cause qui détruit mentalement de nombreuses personnes, de nombreux étudiants étrangers à travers le monde, et en particulier en Afrique.
-Wendy, 21 ans

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