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J’ai appris à avancer autrement

  • 16 janv.
  • 2 min de lecture

J’avais 26 ans quand ma vie s’est arrêtée net.

Enfin… c’est ce que j’ai cru.


Ce soir-là, je conduisais comme d’habitude. Rien d’exceptionnel. Une route que je connaissais par cœur. Puis il y a eu l’accident, le bruit, le choc. Et ensuite, le noir.


Quand je me suis réveillée à l’hôpital, j’ai tout de suite senti que quelque chose n’allait pas. Les visages autour de moi étaient trop sérieux, trop silencieux. Puis cette phrase est tombée, lourde, définitive : « On a dû vous amputer la jambe ».


Sur le moment, je n’ai rien ressenti. Pas de larmes, pas de cris. Juste un vide immense. Comme si mon corps était encore là, mais que moi, j’étais déjà partie ailleurs.


Les jours qui ont suivi ont été les plus longs de ma vie. J’ai regardé mon corps sans le reconnaître. J’ai pleuré autant que je le pouvais. J’ai été en colère, jalouse, injuste parfois. J’en voulais au monde entier. À cet accident. À cette seconde qui avait tout changé.


Perdre une jambe, ce n’est pas seulement perdre un membre. C’est perdre une version de soi. Celle qui marchait sans y penser. Celle qui courait, qui dansait, qui se sentait invincible. Et personne ne te prépare à faire le deuil de ça.


La reconstruction a été lente, très lente. La rééducation, la prothèse, la douleur physique… mais surtout la douleur mentale. Il y a eu des jours où je voulais abandonner. Des jours où je me demandais à quoi bon continuer. Et puis, il y a eu les petits pas. Littéralement. Se lever seule, tenir debout. Avancer, même de travers.


Avec le temps, j’ai compris une chose essentielle : je ne redeviendrais jamais celle que j’étais avant. Et ce n’était pas une mauvaise nouvelle.


Je suis devenue quelqu’un d’autre. Plus fragile, oui. Mais aussi plus consciente. Plus douce avec moi-même. Plus fière de chaque victoire, même minuscule. J’ai appris que la force ne se voit pas toujours. Parfois, elle est juste là : dans le fait de se lever un matin de plus.


Aujourd’hui, je vis avec une jambe en moins, mais avec une vision différente de la vie. Il y a encore des jours difficiles. Des regards lourds, des moments de découragement.


Mais il y a surtout une chose que je veux dire à celles et ceux qui traversent l’impensable : il y a des moments où ça ne va pas, et c’est normal. On peut avoir peur, tomber, s’arrêter un peu. L’important, c’est de continuer à son rythme. Se reconstruire, ce n’est pas revenir en arrière, c’est trouver une nouvelle façon d’avancer.


Merci d’entendre ma voix qui, je l’espère, vous poussera à ne jamais abandonner.


-Marion, 30 ans

 
 
 

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