Quand protéger la planète finit par peser
- 29 juin
- 2 min de lecture
Je m’appelle Osman et je travaille comme chargé de mission biodiversité et adaptation climatique. Mon métier consiste à accompagner des collectivités dans leurs projets liés à l’environnement : préserver des espaces naturels, végétaliser certains lieux et aider les territoires à mieux s’adapter aux effets du changement climatique.
J’ai choisi ce métier parce que j’avais besoin de faire quelque chose qui avait du sens. Je voulais me lever le matin avec l’impression de contribuer, même modestement, à un sujet qui me dépasse. L’environnement a toujours eu une place importante dans ma vie. J’ai toujours été sensible au vivant, aux paysages, aux saisons, à ce qui nous entoure.
Au début, je voyais surtout le côté utile de mon travail. Participer à des projets concrets, échanger avec des élus, travailler avec des associations, imaginer des solutions pour les communes… Tout cela me donnait de l’énergie. J’avais l’impression d’être à ma place.
Mais avec le temps, j’ai aussi découvert une autre réalité. Quand l’environnement devient ton quotidien professionnel, tu es exposé presque tous les jours à des informations difficiles : sécheresses, disparition d’espèces, sols fragilisés, vagues de chaleur, rapports alarmants. Ce ne sont plus seulement des sujets que l’on voit passer dans l’actualité. Ce sont des données que j’analyse, des situations que je constate, des problèmes auxquels j’essaie de répondre.
Pendant longtemps, je n’ai pas vraiment mis de mot sur ce que je ressentais. Je me disais que j’étais simplement fatigué, que c’était une période chargée. Pourtant, je sentais bien que quelque chose changeait. J’étais plus tendu, plus irritable, parfois moins motivé. J’avais du mal à décrocher après le travail. Le soir, il m’arrivait encore de lire des articles ou des études, comme si je devais tout comprendre, tout suivre, tout anticiper.
Le plus difficile, c’était ce sentiment d’impuissance. Dans mon travail, on agit, bien sûr. On avance projet par projet. Mais face à l’ampleur des enjeux, j’avais parfois l’impression que ce n’était jamais assez. Une action positive pouvait être rapidement effacée dans mon esprit par une nouvelle mauvaise nouvelle.
C’est là que j’ai compris que ce que je ressentais ressemblait à de l’éco-anxiété. Une inquiétude liée à l’avenir de la planète, mais aussi à notre capacité collective à réagir. Ce n’était pas une peur permanente, ni quelque chose de visible pour les autres. C’était plutôt un poids en arrière-plan, une difficulté à me projeter sereinement.
J’ai longtemps eu du mal à en parler. Travailler dans l’environnement donne parfois l’impression qu’il faut être solide, engagé, toujours prêt à agir. Mais aujourd’hui, je comprends que ressentir cela ne veut pas dire être faible. Cela veut simplement dire que l’on est touché par ce que l’on voit, par ce que l’on sait, par ce que l’on aimerait protéger.
Ce qui m’aide aujourd’hui, c’est d’en parler, de poser des limites et de regarder aussi les petites avancées : une cour d’école végétalisée, une commune qui protège un espace naturel, des habitants qui s’impliquent. Ce ne sont pas des solutions miracles, mais ce sont des preuves que quelque chose bouge.
Mon éco-anxiété n’a pas totalement disparu. Elle revient parfois, surtout quand l’actualité est lourde. Mais elle ne prend plus toute la place. J’essaie de la transformer en attention, en engagement, sans oublier de prendre soin de moi.
-Osman, 29 ans
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