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Continuer sans oublier

  • il y a 1 jour
  • 2 min de lecture

La mort d’un ami proche crée une rupture difficile à expliquer.


Ce n’est pas seulement une personne qui disparaît. Ce sont aussi des habitudes, des conversations, des projets et cette sensation particulière d’être comprise sans avoir besoin de tout dire.


Au début, j’ai surtout ressenti un décalage. Le monde continuait d’avancer, les journées reprenaient leur rythme et les obligations restaient les mêmes, tandis qu’une partie de moi semblait être restée figée au moment de son départ.


Tout paraissait différent. Il m’arrivait encore de vouloir lui écrire pour lui raconter quelque chose. Puis la réalité revenait soudainement, déclenchée par une chanson, une expression, un lieu ou un souvenir partagé.


Je pensais que le temps suivrait une logique.


Je m’imaginais que la tristesse diminuerait progressivement et que chaque journée serait plus simple que la précédente. J’ai rapidement compris que le deuil ne fonctionnait pas de cette manière.


Certains jours étaient plus légers. D’autres faisaient ressurgir une émotion que je pensais avoir dépassée, parfois longtemps après et sans raison apparente. Ce n’était pas réellement un retour en arrière, mais une autre manière de prendre conscience du manque.


J’ai compris qu’il n’existait aucun calendrier. Chacun avance avec son histoire, la place que la personne occupait dans sa vie et les ressources dont il dispose à ce moment-là. Il n’y a pas de réaction idéale, ni de délai précis pour retrouver un équilibre.


Pendant un temps, j’ai préféré ne pas en parler. Je ne voulais pas inquiéter mon entourage, donner l’impression de rester enfermée dans ma peine ou répéter continuellement les mêmes souvenirs. Pourtant, le silence ne rendait pas l’absence moins présente.


Mettre des mots sur ce que je ressentais m’a aidée. Parler de lui n’entretenait pas la douleur. Cela me permettait, au contraire, de reconnaître la place qu’il avait occupée et d’accepter que cette amitié fasse toujours partie de mon histoire.


Peu à peu, les souvenirs ont changé. Ils ne représentaient plus uniquement ce qui ne reviendrait pas. Ils témoignaient aussi de ce qui avait existé, des moments partagés et de tout ce que cette personne avait apporté à ma vie.


Je ne pense pas que l’on tourne véritablement la page. On apprend plutôt à vivre avec une absence qui reste présente, mais qui finit par occuper une place différente. La douleur ne disparaît pas complètement. Elle devient moins envahissante.


Aujourd’hui, je peux penser à mon ami avec tristesse, mais aussi avec reconnaissance.


Son absence est toujours réelle. Pourtant, elle ne définit plus mon quotidien et ne m’empêche plus d’accueillir les moments heureux lorsqu’ils se présentent.


Avancer ne signifie pas oublier. Cela signifie continuer à vivre sans renier le lien, accepter que certaines personnes restent présentes autrement et comprendre que la joie n’efface pas ce que l’on a perdu. La vie reprend peu à peu sa place.


Et avec le temps, la douleur peut coexister avec la gratitude d’avoir connu une personne qui, même absente, continue de nous accompagner.


-Noa, 32 ans

 
 
 

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