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Il y a des dates que le corps n’oublie jamais

  • il y a 2 minutes
  • 2 min de lecture

À ce moment-là, je m’apprêtais à quitter ma ville pour poursuivre mes études ailleurs. Tout devait symboliser un nouveau départ : un appartement, une nouvelle faculté, un nouvel environnement, une vie à construire.


Mais quelques jours avant mon départ, j’ai appris que j’étais enceinte.


À mon arrivée dans cette ville que je ne connaissais pas encore, je n’ai pas eu le temps de m’installer sereinement. Avant même ma rentrée à la fac, j’ai dû gérer l’urgence : trouver un professionnel de santé, obtenir un rendez-vous rapidement, confirmer à combien de semaines j’étais, comprendre les délais, les démarches, les possibilités.


Pendant que d’autres étudiants préparaient leur rentrée, je passais mes journées à appeler des cabinets, chercher des informations fiables et tenter de garder le contrôle sur une situation qui m’échappait.


Les échanges avec certains professionnels n’ont pas toujours été simples. À un moment où j’aurais eu besoin d’écoute, de clarté et de bienveillance, j’ai parfois eu le sentiment d’être jugée.


Certaines questions, certaines remarques, certains silences m’ont fait douter encore davantage, alors que je cherchais simplement à être accompagnée pour prendre une décision éclairée, en accord avec ma situation.


Le jour de l’avortement à l’hôpital, tout m’a semblé froid, presque irréel. J’avais peur. J’étais seule avec mes pensées, consciente de ce qui était en train de se passer.


La douleur physique a été difficile à supporter, mais la douleur mentale l’a été tout autant. Il y avait les crampes, la fatigue, le corps qui subit… et, en même temps, une tristesse profonde, de la culpabilité, un vide que je n’arrivais pas à nommer.


Ce n’était pas “juste un acte médical”. C’était un moment intime, lourd, émotionnellement éprouvant. Même en sachant que c’était ma décision, même en sachant que je n’étais pas prête, cela n’a pas rendu l’épreuve plus simple.


Il faut aussi le dire : certaines expériences laissent une trace. Dans le corps, dans la tête, dans la mémoire. Et parfois, chaque année, à la même période, le souvenir revient.


Avec le recul, je réalise surtout à quel point cette période a été solitaire. La honte et la peur du jugement m’ont poussée à tout garder pour moi, alors que j’aurais eu besoin d’être entourée, rassurée, accompagnée.


Je n’ai pas eu le courage d’en parler à mes parents. J’ai seulement trouvé la force de me confier à quelques amies, qui m’ont soutenue comme elles le pouvaient.


Aujourd’hui, si je partage cette histoire, c’est pour rappeler qu’un avortement ne se résume jamais à un choix isolé. Il s’inscrit dans un contexte, une histoire, un moment de vie.


Et aucune femme ne devrait avoir à traverser cela seule, dans le silence ou dans la honte.


Amber - 25 ans

 

 
 
 

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