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"À cette époque, j'avais 13 ans"

« Les conséquences sur la vie personnelle sont très lourdes. Quand les violences ont un impact psycho traumatique, elles opèrent une rupture dans le cours de la vie des personnes, rien n'est plus comme avant, leur vision du monde, la confiance qu'elles avaient en elles, en ce qu'elles étaient, en ce qu'elles pensaient, en ce qu'elles croyaient, (...) tout est balayé. Les victimes ne se reconnaissent plus, elles ne sont plus les mêmes à leurs yeux et très souvent aux yeux de leur entourage, un moteur vital intérieur », Muriel Salmona


Face à certains événements de vie, il est difficile de faire comme si de rien n’était face au monde qui nous entoure. Notre cerveau est un moteur qu’il faut entretenir pour avancer, mais lorsqu’une pièce est défaillante, il est difficile d’avancer facilement.

Le sujet d’aujourd’hui portera sur un sujet qui touche l’ensemble de la population, qu’on soit un homme ou une femme, que l’on soit jeune ou vieux. Et la parole sera laissée aujourd’hui à une jeune femme qui, avec sa force et son courage, va nous raconter son histoire et son vécu.


- L'équipe de Dans Ta Tête


"À cette époque j’avais 13 ans"

J’ai 22 ans et je viens de finir mon master. Je prends la parole en anonyme car peu de personnes connaissent mon histoire sur ce sujet et j’ai honnêtement encore une gêne si je venais à être identifiée, surtout auprès de ma famille. Aujourd’hui j’aimerais parler d’un sujet qui me tient à cœur et qui malheureusement concerne beaucoup plus de jeunes qu’on ne le pense : les agressions sexuelles. Je vous fais part de mon histoire en espérant que cela puisse aider les autres, surtout ceux qui manquent de soutien.


A cette époque j’avais 13 ans, donc ça va faire bientôt 10 ans que j’ai vécu cet évènement et malheureusement c’était comme si c’était hier. A l’époque j’habitais à Lille et je sortais du collège pour prendre mon bus vers Euralille (pour ceux qui connaissent). L’endroit où l’on prend les bus est assez fréquenté surtout aux heures de pointe mais bon. Je rentre dans mon bus pour aller chez moi et je m’assois au deuxième rang sur la gauche quand on rentre par l’arrière d’un bus, donc je m’assois coté fenêtre. Devant moi il y avait deux sièges et derrière moi deux autres aussi. Et il n’y avait que moi dans le bus. Juste avant de partir le bus ouvre ses portes et 3 hommes âgés de 18-25 ans rentrent dans le bus, l'un se met assis à côté de moi, 1 sur les sièges devant moi et un sur les sièges derrière moi. Les trois mecs se connaissent évidemment, et je ne les calcule pas trop. Je vous avoue moi j’étais déjà formée et très sexualisée par les hommes à mon jeune âge donc j’avais déjà peur. Le mec à côté de moi me parle mais je ne réponds pas et puis là tout s’est passé super vite honnêtement je n’ai rien compris sur le moment.


"Je vous avoue que je me sentais obligée de subir"

L’homme à côté de moi commence à mettre sa main sur ma cuisse et je vous avoue je ne savais pas quoi faire; je l’ai regardé et j’ai enlevé sa main, il la repose. Je vous avoue que je me sentais obligée de subir, il n’y avait rien à faire. En plus les deux autres hommes étaient sur les deux sièges devant et derrière moi, ils m’avaient donc bloqué et encerclé je ne pouvais pas bouger. J’essayais d’avoir un « eye contact » avec le conducteur mais j’étais trop loin et il ne me voyait pas.


"Mon corps était figé"

J’étais désespérée. Donc le gars à côté de moi continue de me toucher la cuisse et il monte sa main jusqu’à me toucher les parties intimes. Mon cœur battait à mille à l’heure, j’étais en tachycardie, mon corps était figé, impossible de bouger. Je n’arrivais à rien faire, à ne rien dire, j’ai laissé. A un moment j’ai eu un coup de courage et j’ai rebougé sa main de ma cuisse et il m’a craché dessus. Et après ils ont couru et sont sortis du bus. Ça s’est passé très très rapidement mais j’avais l’impression que c’était une éternité.


Et pour être honnête avec vous ce n’est pas la seule fois que cela m’est arrivé, je me suis fait agresser de nombreuses fois dans les transports en commun, en soirée et en boite de nuit. Des frottements non consentis, des attouchements sur mes parties intimes, me forcer à faire quelque chose etc… et j’ai déjà subi un viol. Bref, il y en a tellement que je ne peux malheureusement pas les compter sur les doigts d’une main.


Les ressentis dans ce genre de situation pour ma part sont toujours les mêmes, je suis d’abord complétement inconsciente de ce qu’il se passe, ensuite le stress s’empare de mon corps, puis je me fige et je n’arrive pas à me débattre et après je suis sous le choc, je pleure, je ressens énormément d’injustice et de colère et j’ai impression de pas savoir me défendre mais mon corps a ce mécanisme de se bloquer entièrement ce qui ne m’aide pas, et ça m’arrive dans une situation de stress total. Je vous avoue j’étais jeune et je n’avais même pas conscience de la gravité des choses que j’ai fait comme si tout était normal.


"Je n’ai jamais oublié ce moment et les autres agressions, car celles-ci sont bloquées dans ma tête"

Concernant mon ressenti post-traumatique je peux vous dire que déjà je n’ai jamais oublié ce moment et les autres agressions, car celles-ci sont bloquées dans ma tête. Je me sentais très sale. Ce sentiment où tu te laves et tu as l’impression que même si tu frottes énormément ta peau, tu restes sale. L’action qu’on m’a portée me faisait sentir sale et dégoutée. La première fois que je me suis ouverte sur ce sujet devait être au moins 5 ans après l’évènement.


"Pour toute personne ayant subi une agression sexuelle peu importe sous quelle forme, parlez-en"

J’ai fini par accepter ce que j’avais vécu tout simplement en continuant de vivre comme si de rien n’était, ce qui n’était pas une chose à faire. Pour toute personne ayant subi une agression sexuelle, peu importe sous quelle forme, parlez-en. Moi je me suis privée d’en parler car je n’en voyais pas la nécessité car je pensais que c’était « normal » jusqu’à que je réalise qu'aucun évènement que j’ai vécu était normal, mais ça c’était avant que l’on commence à dénoncer ce genre de chose sur les réseaux et honnêtement à 13 ans je ne savais pas trop quoi faire je m’étais dit « bon ce n’est pas grave ».


D’ailleurs, je précise qu’en aucun cas l’agression que vous avez subi est votre faute, à AUCUN MOMENT. Vous n’êtes responsable de rien.


- Anonyme, 22 ans




L’équipe de Dans Ta Tête a souhaité poser des questions à notre invitée pour mieux comprendre les répercussions engendrées face à cet événement et le déroulement de sa vie suite à cela.


Comment aujourd’hui te sens-tu par rapport à ce qui s’est passé ?

« Aujourd’hui je me sens bien car j’ai réalisé que mes traumatismes ne me représentaient pas. Mes traumas ne sont pas moi, ils ne font pas mon identité et j’ai réussi à vivre avec mes traumas »


Est-ce que ça t’a changé ? Cela a changé ta perception de voir les choses ?

« Bien sûr que ça m’a changé, j’ai surtout eu peur pour les gens plus jeunes que moi, j’avais cette peur constante que quelqu’un d’autre, que je connaissais, puisse subir ça et ne jamais en parler et faire comme moi. J’ai aussi développé énormément de haine envers les hommes, je ne m’en cache pas mais ils sont la cause numéro une de tous mes traumas donc oui je les déteste. J’ai peur d’eux, je ne me sens pas en sécurité avec eux à part certains mais sinon les inconnus non ».


Ton passé, en as-tu fait une force aujourd’hui ? Comme une forme de bouclier face au monde qui t’entoure ?

« J’en ai fait une force aujourd’hui oui, car j’ai appris que ça n’avait rien avec ma personne mais plutôt avec les hommes lol, sans faire de généralité ».



Qu’est-ce que tu dirais à ton « toi » à l’âge où tu as vécu ce moment difficile si tu l’aurais devant toi ?

« Je dirais qu’il faut en parler, que ce n’est pas grave d’être figé et de ne pas réussir à se débattre, que c’est okay. Je lui ferais un câlin honnêtement et je lui dirais que tout se passera bien et qu’elle est juste incroyable et qu’elle arrive à surmonter de nombreux évènements et qu’elle fait preuve d’énormément de résilience, mais surtout qu’elle n’a jamais rien mérité ».


Penses-tu que tu as fait réellement le deuil de ce qui t’es arrivé ? Ou tu as juste accepté ce vécu, que tu apprends à vivre avec ?

« Je ne pense pas qu’on fait le deuil de nos traumatismes mais qu’on arrive à vivre avec en fait, car on ne pourra jamais oublier un évènement qui nous a traumatisé mais on peut apprendre à le surmonter, réduire ses peurs, réduire son importance dans notre quotidien et surtout ne pas rester bloquer dessus ».


Quels conseils aimerais-tu donner aux personnes qui vivent ou qui ont vécu des situations similaires à ton histoire ?

« J’ai cité les conseils auparavant : en parler, se confier, ne pas avoir honte».


Qu’est-ce que tu retiens de cet évènement de vie ?

« Je retiens que les hommes sont mauvais et que beaucoup d’hommes font ce genre de choses sans jamais être puni par la loi et ça c’est lamentable. Ils le payeront tôt ou tard ».


Aujourd’hui, as-tu peur de revivre cette situation, as-tu peur de sortir avec tes amis ou de côtoyer des gens que tu ne connais pas ?

« Non je n’ai plus peur car j’ai réussi à vivre avec mes traumas, je sors et marche seule la nuit je n’ai pas peur, mais j’avoue que des fois je peux me retrouver dans des situations qui m’angoissent donc je m’adapte. Mais de manière générale non ».


Notre invitée est un exemple, elle affronte tous les jours ses peurs et en fait une force. Un courage pour s’accrocher à la vie et vouloir avancer malgré les évènements difficiles. Merci à toi pour ton témoignage si prenant.


N’oubliez surtout pas, si vous êtes victime de violences, de viols ou d’agressions sexuelles, il faut en parler. Ne pas affronter cette épreuve seul(e). Des numéros d’urgences sont mentionnés sur la page "Obtenir de l'aide" du site.


À bientôt,


- L’équipe de Dans Ta Tête

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